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Isabelle Delord
Daniel Faure, parcours
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Daniel Faure par Jean-Marie Champion

Matière promise

Depuis la lucarne de son atelier aux pilotis de pierre, Daniel Faure a regardé la Huppe, l'oiseau de légende, chargé par ses pairs de guider le peuple, hors du pays, dans sa quête du Simorg, le roi des oiseaux. Patiemment, le peintre a recueilli les exhortations émues de l'orateur et ses spirales pleines d'espérance dans le ciel sombre du départ. Exodes. La longue colonne se met en route, la longue marche se met en travail.

Daniel Faure a pris son pinceau de pèlerin et a raconté la foule en chemin : matière mouvementée, élancée tout autant qu'accablée. Décision et obstination. Poussière et sueur. Vie et mort. Sur cette piste, l'artiste s'est aussi donné une méthode d'ethnologue : plans larges sur la foule en marche, scènes de groupes, silhouettes isolées, gros plans sur un geste, un mouvement, une humeur... exode et méthode ont la même racine : hodos, le chemin, la voie, le moyen... Le récit enfiévré alterne avec l'étude pointilleuse, soucieuse de vérité et de mise à distance. La tension entre le fond et la forme est extrême. L'ensemble mêle l'histoire et la modernité, avec l'humilité et l'obstination de l'oiseau éclaireur, passeur d'humanité... La nôtre en son chemin de mutations et de transformations perpétuelles depuis les origines (on songera aux écritures de la Bible, mais aussi à ces exodes modernes que l'actualité en temps hertzien nous montre entre deux réclames).

Il serait stérile de penser que les noirs de Daniel Faure ont à voir exclusivement avec les secrets de l'oeuvre au noir d'une tradition alchimiste. Le peintre prend le noir comme le musicien prend la note bleue et l'écrivain la plume d'un oiseau de légende... Une inspiration viscérale, une invitation au voyage... à l'exode. Pénombres en nombre, les noirs mettent en relief le mystère, ses épaisseurs de nuits, de cendres, de boues, de terres et la naissance improbable du chemin de l'aurore plus que l'or du soleil diurne. Seule certitude : la matière promise.

Pendant des années de pierres peintes sur toile, le travail du peintre sur la matière éprouvait le travail du temps. Tous ces recouvrements à l'ombre ajoutée, irisés d'ambre ou, parfois, de signes de lumière, exploraient dans le ventre du minéral les traces de la genèse (ou de l'apocalypse) jamais élucidée mais tellement évidente d'une humanité.

Aujourd'hui l'artiste, dans son atelier « haut sur pattes » si j'ose dire, vêtu de plumes, passeur de portes, de frontières, d'océans, ouvre un chemin vital, capital, radical et si fragile. A commencer pour lui-même.

Ainsi Daniel Faure pourrait faire sien les mots de Michel Leiris (in : La vie bleue) :


Jour et nuit,
Dans la foule et dans le désert,
Aux tempes un vertige flûté d'opéra,
Je vais à pas de funambule

novembre 2004

Jean-Marie Champion, metteur en scène, dirige le "Paradis"